Un peu à l’écart de la ville fortifiée, où l’insécurité régnait en ma?tresse capricieuse, une silhouette immobile détaillait une batisse avec une attention presque gourmande.
Face à elle se dressait une maison blanche à étage, aux poutres apparentes. Des persiennes entrouvertes laissaient filtrer une lueur tamisée. Au-dessus de la porte, une petite lanterne rouge oscillait dans le vent, comme pour saluer cette présence nouvelle.
La nuit se faisait plus apre. Un souffle glacial s’insinuait dans les ruelles — premier avertissement de l’hiver. L’aventurière, impassible, secoua ses habits endimanchés. Elle retira lentement ses gants, lissa le cuir de sa besace, puis franchit le seuil d’un mouvement s?r.
La chaleur intérieure parut se rétracter à son passage.
— Bonsoir, madame Eulalie.
Derrière son bureau impeccablement ordonné, l’h?tesse inclina la tête avec une déférence instinctive.
Eulalie laissa son regard dériver dans la pièce avant d’accorder la moindre réponse. Ses yeux verts glissèrent le long des murs, sondèrent les ombres, s’attardèrent sur la flamme vacillante du chandelier… puis immobilisèrent la gardienne des lieux.
— Vous m’attendiez ?
Un sourire discret courba les lèvres de la jeune femme.
— Je pressentais votre venue. Votre chambre habituelle est prête.
Eulalie s’avan?a de quelques pas, mesurés.
— Une attention délicate, mademoiselle Mylodie. J’aspirais à ce refuge. Je suis lasse de ces missions incessantes.
Le silence les observa un instant.
L’h?tesse rectifia nerveusement la monture de ses lunettes.
— M’accorderiez-vous une franchise, madame ? hasarda-t-elle.
Un éclat de malice embrasa fugitivement les yeux d’Eulalie.
— Vous avez acquis ce droit depuis la fois où nous avons… confronté nos points de vue.
Les joues de Mylodie se teintèrent aussit?t.
— Un souvenir marquant… admit-elle avant de se ressaisir. Je connais votre appétit insatiable. J’ai donc pris l’initiative d’une légère audace. Une surprise vous attend.
Un sourire lent, presque dangereux, étira les lèvres de la rouquine.
— Vous attisez ma curiosité, chère amie. Une surprise pour ma dernière nuit en cette ville ? Voilà qui vous distingue de vos concurrentes. Vous, au moins, cultivez l’art de recevoir.
Sans rompre le contact visuel, elle glissa la main dans sa besace. Une pièce d’or tinta avant d’atterrir dans la paume de l’h?tesse. Ses doigts s’attardèrent, caressant la peau d’un effleurement calculé.
Eulalie soutint son regard sans ciller.
L’expérience lui avait appris à lire les ames en un battement de paupières.
Mylodie referma les doigts sur la pièce… puis la repoussa avec douceur.
— Je ne puis accepter, madame. Servir ici me suffit.
Sur la table en noyer finement ouvragée, un unique chandelier diffusait une lumière vacillante. La flamme, à moitié consumée, frissonna soudain. Une pluie d’étincelles crépita au-dessus de la mèche.
La clarté gagna en intensité. L’air se chargea d’une chaleur imperceptible.
Mylodie demeura pétrifiée.
Elle contempla le phénomène sans oser intervenir.
La jeune brune ne vit même pas son invitée dispara?tre, ni la lueur flamboyante qu’elle avait dans les yeux.
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Eulalie franchit le seuil de sa chambre.
Tous ses sens s’embrasèrent aussit?t.
Comme à l’accoutumée, la pièce exhalait une fra?cheur ma?trisée. Le parquet de chêne massif, fra?chement ciré, captait la lumière pour la disperser en reflets soyeux.
Un parfum de jasmin imprégnait l’atmosphère, distillé par les bouquets savamment disposés. Sur un guéridon tr?naient une carafe d’eau claire et un verre de cristal.
Un sourire effleura ses lèvres.
Mylodie a du go?t… et un talent certain.
Habituée aux lieux, elle ne s’attarda guère. à droite de la porte pendait une fine cordelette dorée, reliée à un mécanisme de clochette subtilement dissimulé. Un simple tirage suffisait à annoncer sa disponibilité.
Ses doigts fr?lèrent la soie dorée.
Sous sa peau, un frisson protesta.
Elle retira son chapeau pointu, cabossé par les années, et le déposa avec soin. Le cuir patiné portait les stigmates de ses voyages. à sa pointe scintillait un diamant noir, dense et troublant, comme s’il dévorait la clarté ambiante.
Sans hate, elle libéra les sangles de son bustier. Le cuir glissa le long de ses flancs avant de s’abandonner au sol dans un souffle mat. La ceinture ornée d’une émeraude taillée en losange suivit le mouvement.
Ses doigts s’attardèrent aux lacets du corsage. La tension céda. Sa poitrine se déploya dans un soupir presque inaudible.
La robe vert sombre quitta ses épaules, ondula sur ses hanches, puis s’effondra à ses pieds comme une ombre docile.
Elle se débarrassa enfin de ses poulaines doublées de laine, qu’elle repoussa du bout du pied.
Elle demeura nue au centre de la pièce.
Sa peau, lisse et pale, captait la clarté vacillante des lampes. Seule sa chevelure ondulée semblait échapper à toute discipline, cascade flamboyante coulant sur ses épaules.
Un éclat rosé animait ses pommettes, accentuant l’illusion d’une jeunesse intacte. Sa poitrine se soulevait plus profondément désormais, trahissant l’impatience qui gagnait son corps.
La chaleur s’étira, féline. Pas seulement du désir. Une faim plus ancienne.
Une chaleur diffuse s’insinua au creux de son ventre, s’étira avec langueur. Elle ferma les yeux.
Sous ses paupières, l’attente pulsa.
Chaque seconde aiguisa la tension. Ses cuisses se fr?lèrent presque malgré elle, dans un mouvement lent, instinctif.
Comme si son corps anticipait déjà une présence invisible.
La flamme suspendue à la poutre tressaillit.
Puis se redressa.
Sans qu’aucun souffle n’altère l’air.
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Le heurtoir métallique, de l’autre c?té de la porte, résonna trois fois.
Le signal attendu.
Eulalie s’examina une dernière fois.
Du bout des doigts, elle dompta sa chevelure écarlate, puis improvisa deux tresses rapides afin de discipliner les mèches les plus rebelles.
D’un geste distrait, elle repoussa ses vêtements épars du bout du pied. Son regard se posa ensuite sur la flamme de la lampe à huile suspendue.
La petite langue de feu dansait, virevoltait, comme si elle répondait aux émotions de celle qui emplissait la pièce de sa présence.
Sur la table, le chapeau pointu demeurait abandonné.
à sa pointe oscillait un petit diamant noir, insignifiant pour un regard distrait.
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Un simple ornement en apparence.
Sa porteuse connaissait sa véritable nature.
Quand la porte s’ouvrit enfin, un homme à la peau d’ébène apparut sur le seuil.
Il ne portait qu’un pantalon de lin blanc, noué bas sur les hanches, laissant admirer une musculature dense et harmonieuse. Ses cheveux, tressés à même le crane, dessinaient des motifs précis.
Un fils d’Adan au regard sombre et indompté.
Une odeur de musc, chaude et troublante, l’accompagnait.
— Bonsoir, madame Eulalie. Je suis honoré de vous rencontrer. On m’a confié le soin de veiller à votre plaisir cette nuit.
Je me nomme Arloty.
Un sourire lent étira les lèvres de la rouquine.
— Voilà une surprise des plus séduisantes. Enchantée, Arloty.
Déjà, une chaleur familière remontait le long de son ventre.
L’homme inclina légèrement la tête.
— Pardonnez-moi… mais je crains un malentendu. Je ne suis pas votre surprise.
Il marqua une pause.
— Nous sommes votre surprise.
Arloty tendit le bras hors du chambranle et attira doucement quelqu’un vers lui.
Une jeune femme blonde apparut.
Elle portait une longue chemise de lin crème, sans manches, qui s’arrêtait au-dessus des genoux. Le tissu léger épousait un corps aux formes douces et généreuses.
Une fille d’ève différente de celles qui travaillaient habituellement ici.
Ses courbes, que certaines de ses cons?urs raillaient en secret, lui conféraient pourtant une présence troublante… presque magnétique.
Elle garda les yeux baissés un instant avant d’oser parler.
— Bonsoir, madame Eulalie.
Je m’appelle Dorialda… et je suis là pour vous offrir le réconfort que vous désirez.
Sa voix tremblait légèrement.
Eulalie la contempla avec un intérêt manifeste.
— Ne crains rien, mon trésor.
Sa voix s’adoucit.
— Ce soir, tu vas simplement apprendre à être toi-même.
La flamme suspendue à la poutre tressaillit.
Puis s’étira lentement, comme attirée.
Sans lui laisser le temps de répondre, elle attira doucement la jeune femme vers elle et fit glisser la chemise de lin le long de ses épaules, prenant le temps d’en apprécier chaque détail.
La peau de Dorialda portait un hale léger qui faisait ressortir l’éclat de sa chevelure blonde. Sa poitrine généreuse aurait fait perdre contenance à plus d’un homme.
La rouquine la fit pivoter lentement sur elle-même, achevant son inspection avec une curiosité assumée.
Puis, d’un clin d’?il malicieux, elle adressa à Arloty une invitation silencieuse.
L’homme comprit immédiatement.
Son pantalon rejoignit le sol.
Eulalie promena son regard sur eux deux avant de sourire.
— Cette nuit… soyez vous-mêmes.
Son regard brilla.
— Je ne vous donnerai qu’un seul ordre.
Un silence.
Puis elle murmura :
— Osez.
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Malgré une timidité apparente, Dorialda vint s’allonger nue sur les draps de soie. Lentement, presque avec pudeur, elle entrouvrit les jambes, ne laissant entrevoir qu’un fragment de son intimité.
Une invitation silencieuse.
Les deux autres n’eurent aucune peine à en comprendre le sens.
Eulalie réagit la première.
Souple comme un félin, elle se hissa sur la couche et se pla?a entre les jambes de la blonde. Ses mains fines se glissèrent entre les cuisses de la fille d’ève.
Ses paumes caressèrent la peau tiède avant d’exercer une pression douce qui ouvrit davantage l’écrin offert.
Eulalie arqua profondément le dos, relevant les hanches, puis inclina la tête vers l’ab?me de volupté qui s’offrait à elle.
Sa langue entra en jeu.
Les premiers gémissements s’élevèrent aussit?t dans la chambre.
Au-dessus d’eux, la flamme de la lampe suspendue à la poutre sembla se débattre dans une tempête invisible. La lumière vacillait, se gonflait puis se rétractait, tant?t brasier joyeux, tant?t fragile étincelle.
Arloty, cette fois, n’attendit aucune invitation.
Le fils d’Adan s’approcha du dos d’Eulalie et pressa sa virilité naissante contre la matrice qui se présentait à lui. Du bout des doigts, il effleura la peau et tra?a sur ses hanches des spirales imaginaires.
Ses mains parcouraient les courbes de ses fesses galbées avec une lenteur presque respectueuse.
Puis son bassin entra en mouvement.
De légers frottements, patients, presque hésitants. Peu à peu, les va-et-vient gagnèrent en assurance, en profondeur.
Pris par l’ardeur de l’instant, il laissa soudain sa main claquer contre le fessier d’Eulalie.
Le geste résonna dans la pièce.
Surprise, la rouquine interrompit aussit?t ses caresses et se redressa brusquement. Elle se retourna vers lui, les yeux assombris.
Un instant, son regard sembla prêt à foudroyer.
Puis l’éclair se dissipa.
Un sourire amusé étira ses lèvres et elle haussa légèrement les épaules, comme pour dire :
Pourquoi pas.
Dorialda profita de cette brève suspension pour intervenir à son tour. Elle glissa son corps chauffé par l’excitation sous celui d’Eulalie.
Leurs poitrines se rencontrèrent.
Leurs corps s’accordèrent bient?t au rythme imposé par Arloty.
La fille d’ève remonta doucement ses mains le long du dos de la rouquine, attirant son amante contre elle. Leurs hanches ondulaient désormais dans la même danse charnelle.
Leurs regards se croisèrent.
Dorialda plongea ses yeux br?lants dans ceux d’Eulalie, puis leurs lèvres se rejoignirent dans un baiser profond, chargé d’une émotion inattendue.
Leurs corps se mouvèrent en parfaite harmonie, chaque contact envoyant des frissons jusque dans leurs épaules et leurs reins. L’intensité monta, crescendo.
Ni Arloty ni Dorialda ne s’étonnaient réellement.
Mylodie les avait prévenus.
Certaines choses… se produiraient.
La flamme de la lampe s’emballa soudain. Sa lumière gagna en intensité, envahissant peu à peu la pièce d’une chaleur presque irréelle.
Pourtant, la ma?tresse des lieux avait volontairement omis un détail.
à l’approche de l’extase, celle qui maniait le mana cessait d’être tout à fait elle-même.
La chevelure d’Eulalie se transforma peu à peu en brasier vivant. Des filaments de flammes ondulaient comme des mèches en furie, battant l’air au rythme effréné de leurs ébats.
Les ombres dans la chambre se tordaient et s’allongeaient, projetant sur les murs des silhouettes mouvantes, comme si d’autres présences s’éveillaient à son contact.
Autour d’elle, l’air lui-même se mit à trembler, comme si la chambre peinait à contenir ce qui s’éveillait dans son corps.
Ses iris d’émeraude se noyèrent dans une lueur ambrée, profonde et incandescente.
Une fine fumée s’élevait de sa peau nue.
Elle atteignit le seuil du plaisir, frémissante et ardente.
La rouquine vacilla, tressaillit, consumée par la vague de plaisir et pourtant contr?lait chaque mouvement, transformant l’extase en art.
à bout de souffle, Arloty puisa dans ses dernières forces. Il sentit le corps d’Eulalie, allongée sur le c?té, se contracter soudain.
Elle l’enveloppa dans ses bras… plongea son bassin contre lui… et suspendit le mouvement un instant, savourant la montée d’extase avant de reprendre sa danse ardente. Chaque fr?lement allumait une nouvelle étincelle.
Dorialda se rapprocha des deux amants sur le point d’exploser. Une main avide saisit la poitrine de la manipulatrice de mana tandis que l’autre s’aventurait entre ses cuisses.
Puis le monde sembla s’embraser.
La flamme dansa furieusement, comme possédée, et chaque geste d’Eulalie semblait l’attirer davantage. La pièce s’enflammait de leur désir, et le diamant noir du chapeau vibrait silencieusement, mémorisant chaque frémissement.
Pendant une longue minute, malgré la nuit profonde, la chambre resplendit comme sous un soleil d’été.
Les cris de jouissance résonnèrent dans toute la batisse.
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Le fils d’Adan et la fille d’ève dormaient paisiblement dans le lit à baldaquin, épuisés par la nuit.
Eulalie reposait entre ses deux compagnons d’une nuit, songeant déjà à remercier la charmante Mylodie pour cette délicieuse surprise.
La femme à la chevelure encore flamboyante se leva silencieusement et fouilla dans le compartiment secret de sa besace. Elle en tira un mélange de tabac et de fleurs de rêves.
Eulalie déposa la préparation dans le creux de sa main, referma le poing et activa son mana.
Une fine fumée s’éleva de sa dextre, répandant une douce odeur florale.
Lorsque la combustion fut achevée, elle aspira la totalité de la fumée et retint longuement son souffle.
Eulalie entrouvrit une persienne avec précaution, puis expulsa lentement la fumée de ses poumons. Le vent nocturne l’emporta aussit?t.
L’utilisatrice de mana contempla l’horizon, un sourire béat aux lèvres.
Elle ne remarqua pas les deux yeux félins qui l’observaient dans l’ombre, tapis sur une corniche.
Un hurlement de femme la tira brusquement de sa léthargie.
Une succession de jurons et de rires sarcastiques résonna dans le couloir, juste derrière la porte de sa chambre.
Encore nue, Eulalie sortit précipitamment.
Le corridor, faiblement éclairé, offrait une certaine discrétion aux clients peu désireux d’être reconnus. Long de plusieurs mètres, il desservait une vingtaine de chambres.
Malgré la distance, Eulalie aper?ut un homme au ventre proéminent.
Le malotru agrippait les longs cheveux d’une femme et la for?ait à rester à genoux.
Son visage rubicond et boursouflé dégoulinait de salive chaque fois qu’il brayait. Avec ses doigts boudinés, l’homme tentait maladroitement d’abaisser son pantalon.
La jeune fille, affolée, tordue de douleur, pleurait et implorait de l’aide.
— J’ai payé, sale garce ! Et je n’en ai pas fini avec toi ! éructa l’homme, complètement ivre.
La pauvre demoiselle savait qu’elle ne pouvait ni fuir ni protester.
Cet homme dépensait des sommes astronomiques pour se divertir dans ces lieux. Il comptait parmi les clients les plus rentables de l’établissement.
Triska?l, jeune métisse aux cheveux noirs, allait devoir céder… et subir une avalanche de coups, d’injures et d’humiliations.
— Lache-la, gros lard, vil butor écervelé ! lan?a fièrement Eulalie, toujours nue.
— Barre-toi, sale puterelle ! beugla l’homme, fou de rage.
— Retourne-toi quand tu t’adresses à moi, forban. MAINTENANT !
L’homme ventru fit volte-face, prêt à décha?ner sa colère.
Mais lorsqu’il reconnut la personne qui se tenait devant lui, il recula précipitamment, manquant de trébucher sur la jeune femme agenouillée.
— Tu n’as rien à faire ici, sorcière… balbutia-t-il. Aucune guilde n’opère dans un bordel.
— Sache, sinistre crétin, qu’aucune de vos lois ne pourrait m’empêcher de te tuer sur-le-champ. Ta disparition serait un cadeau pour cette ville… et pour ses habitants.
— Je… je suis un homme important ! bredouilla-t-il. Des personnes influentes me protègent. D’un claquement de doigts, je pourrais te faire pendre, Eulalie SombreSang ! Tu n’es qu’une engeance qu’il faut éradiquer.
Eulalie remarqua alors que la jeune métisse, profitant de l’altercation, s’était discrètement échappée par l’escalier.
Dans le couloir, la température grimpa soudain.
L’air se raréfia.
Palicron tenta d’inspirer mais, ses poumons refusèrent d’obéir.
Une chaleur suffocante lui serrait la gorge.
Il fixait la sorcière à plusieurs mètres de lui tout en cherchant désespérément une issue.
Il cligna des yeux.
La femme à la chevelure flamboyante se tenait désormais face à lui.
Son corps lévitait légèrement, enveloppé d’une aura de fumée. Ses cheveux crépitaient comme un brasier vivant.
Le temps sembla suspendu.
— Fuis si tu tiens à la vie… et ne reviens plus jamais ici ! lan?a la sorcière d’un ton glacial. Ne croise plus jamais mon chemin, mécréant.
FUIS.
L’homme bedonnant tressaillit comme une bête traquée et chuta à la renverse. Il heurta le parquet lustré de l’arrière de son crane dégarni.
Luttant contre les battements affolés de son c?ur, il se mit à ramper à quatre pattes en poussant de petits cris d’effroi.
Le corps trempé de sueur — et d’autres substances — Palicron dévala les escaliers.
Dans sa fuite hystérique, haletante, il hurla une dernière menace :
— Sorcière ! Je te tuerai… j’en fais le serment !
Sur la table de la chambre encore entrouverte, le chapeau pointu d’Eulalie reposait fièrement.
à sa pointe, le diamant noir oscillait imperceptiblement.
Mais dans les profondeurs de la pierre, chaque mot, chaque menace, chaque battement de cette nuit s’inscrivait déjà ailleurs… quelque part.
Dans un grimoire que nul, ici, ne soup?onnait.

