on a commencé le lendemain.
Bertrand et son équipe arrivèrent à l'aube avec des matériaux, des outils et quinze ouvriers.
? Monseigneur, ? dit Bertrand. ? On commence par où ? ?
? Le terrain à l'est de la manufacture actuelle. je veux un batiment de cinquante mètres sur trente. Deux étages. ?
? Compris. ?
? Combien de temps prendra la construction ? ?
? six semaines si tout va bien. ?
? Fais de ton mieux. ?
? Toujours, monseigneur. ?
Ils se mirent au travail.
Pendant ce temps, Lise et moi, on cherchait des tisserands. Soixante tisserands supplémentaires, c'était pas rien.
On alla à Falkenbourg, Havreblanc et même Tervagne.
? On cherche des gens qui savent tisser, ? expliqua Lise aux guildes locales. ? le salaire est de trois couronnes par semaine. En retour on vous offre des pauses, de la nourriture fournie et du respect. ?
Les tisserands se bousculaient.
Trois couronnes par semaine, c'était énorme. Ailleurs, ils gagnaient une couronne cinquante, peut-être deux.
En deux semaines, on avait nos soixante tisserands. Vingt de Falkenbourg, trente de Havreblanc et dix de Tervagne.
Hommes, femmes, jeunes, vieux.
? Bienvenue, ? leur dis-je le premier jour dans la cour. ? Vous allez produire les meilleurs draps de Valthara. On va vous former, vous traiter avec respect et en retour, je veux constamment de la qualité. ?
Ils acquiescèrent, certains étaient nerveux et d'autres confiants.
Hilde, toujours aussi impitoyable, prit en charge leur formation.
Elle les divisa en groupes. Les expérimentés avec les débutants et les rapides avec les méticuleux.
? Ligne droite ! ? aboyait-elle en inspectant. ? Le fil doit être tendu ! Recommencez ! ?
Les nouveaux tremblaient devant elle. Mais ils apprenaient vite parce que Hilde, malgré son caractère, était une excellente prof.
Elle montrait, corrigeait et encourageait aussi, à sa manière.
? Bien, ? disait-elle parfois. ? Continue comme ?a. ?
Venant d'elle, c'était un compliment énorme.
Au bout de deux semaines, les soixante nouveaux tisserands étaient opérationnels.
Six semaines passèrent.
Le nouveau batiment fut terminé.
Cinquante mètres de longueur sur trente mètres de largeur. Deux étages, solide et bien aéré.
? C'est du beau travail, Bertrand, ? dis-je en inspectant.
? Merci, monseigneur. ?
On installa les trente-six nouveaux métiers à tisser. Fabriqués en parallèle par les artisans locaux. Cinq couronnes la pièce.
La manufacture textile était maintenant gigantesque.
On avait deux batiments , cinquante et un métiers et quatre-vingt-cinq tisserands.
? C'est impressionnant, ? dit Lise en regardant.
? Oui. ?
? Tu as créé quelque chose d'énorme. ?
? On a créé, c’est toi et moi. ?
Elle sourit.
La production démarra.
Les premiers jours furent chaotiques.
Quatre-vingt-cinq tisserands, c'était difficile à coordonner. il y’avait des fils qui se cassaient, des métiers mal réglés et des draps défectueux.
? Putain, ? je marmonnai après avoir inspecté un lot. ? La moitié est inutilisable. ?
Lise prit le relais.
Elle a organisé les équipes , créé des rotations et finit par instaurer un système de contr?le qualité à chaque étape.
? Trempage : équipe A. Tissage : équipes B, C, D. Teinture : équipe E. Contr?le final : moi. ?
En trois semaines, la production se stabilisa. on pouvait produire Mille draps par mois, dont Cinq cents blancs et Cinq cents teints.
Exactement ce qu'on avait promis.
Le premier paiement à la Confédération arriva à la fin du deuxième mois.
Mille six cents couronnes , j’avais compté deux fois.
? C'est réel, ? murmurai-je.
? Oui, ? dit Lise. ? C'est réel. ?
Après déduction des co?ts (salaires, matières, entretien), il nous restait huit cents couronnes de profit net.
Plus les huit cents de l'alcool.
soit Mille six cents couronnes de profit par mois.
? On est riches, ? dit Lise, incrédule.
Support the creativity of authors by visiting Royal Road for this novel and more.
? On commence à l'être. ?
Elle me regarda. ? Alaric. pour mes créanciers... ?
? Oui. ?
? Je peux les payer. ?
? Oui. ?
Elle sortit une bourse, compta cent couronnes et les mit de c?té.
? Premier paiement. ?
? le premier des huit. ?
? Oui. ?
Elle sourit, les larmes aux yeux. ? Je vais y arriver. ?
? Tu vas y arriver. ?
Le deuxième mois passa vite. La production était stable donc on a livré les Mille draps et re?u nos Mille six cents couronnes.
Lise paya son deuxième versement de Cent couronnes.
? Deux sur huit, ? dit-elle. ? Encore six. ?
? Dans six mois, tu seras libre. ?
? Libre ? répéta-t-elle. ? On en voit le bout .?
Le troisième mois fut identique et Lise paya son troisième versement.
? Trois sur huit. ?
Elle était visiblement plus légère , elle avait moins de cernes et souriait un peu plus.
? ?a fait du bien, ? dit-elle un soir.
? Quoi ? ?
? De respirer et savoir que... je vais m'en sortir. ?
Je l'ai prise dans mes bras.
? Tu t'en sors déjà. ?
? Grace à toi. ?
? C’est un travail d'équipe ?
Un après-midi du troisième mois, Gregor vint me voir.
? Monseigneur, il y a un problème. ?
? Quel genre ? ?
? Les paysans du village voisin parlent d'une mine. ?
? Une mine ? ?
? Oui. Apparemment c’est une ancienne mine de charbon abandonnée depuis vingt ans. ?
? Pourquoi a elle été abandonnée ? ?
? L'eau a tout envahi. il était impossible d'enlever l'eau avec les moyens de l'époque. ?
Je réfléchis.
Le charbon, c'était essentiel pour la métallurgie, pour les forges et les machines.
Si on pouvait vider cette mine...
? Où est-elle ? ?
? à quinze kilomètres. Près de Falkenbourg. ?
? Emmène-moi. ?
On partit le lendemain.
Lise voulut venir.
? Une mine inondée ? Pourquoi veux-tu voir ?a ? ?
? par Curiosité. ?
? Tu es bizarre. ?
? Tu me l'as déjà dit. ?
La mine était exactement comme Gregor l'avait décrit.
Un grand trou dans le sol, rempli d'eau noire et stagnante. L'odeur était désagréable, moisi.
Des anciennes structures en bois pourrissaient sur les bords. les poulies étaient rouillées, les seaux cassés et les cordes qui pendaient… inutiles.
? Ils ont essayé d'enlever l'eau ? dit le vieil homme qui nous accompagnait , c'était un ancien mineur dans la soixantaine avec le dos vo?té et les mains noueuses. ?Vingt hommes se relayaient à la chaine jour et nuit avec des seaux pendant des mois ?
? Et ? ?
? Rien ne changea. L'eau revenait toujours, c'était trop profond donc ils ont abandonné. ?
? Combien de mètres de profondeur ? ?
? Trente mètres, peut-être quarante. Difficile à dire maintenant. ?
? Et l'eau monte d'où ? ?
? D'une nappe souterraine. Elle s'infiltre en permanence. environ cinquante litres par minute, ou même cent. On ne sait pas vraiment. ?
Je me suis approché du bord, et j’ai regardé l'eau.
L'eau était noire et profonde. Immobile en surface mais s?rement en mouvement en dessous.
Lise me rejoignit.
? Tu penses à quoi ? ?
? je cherche une solution. ?
? Quelle solution ? Ils ont déjà tout essayé. ?
? Ils ont essayé avec des méthodes à leur mesure. Mais une pompe qui ne nécessite pas de force humaine et qui fonctionne toute seule en continu pourrait marcher. ?
? ?a n'existe pas. ?
? Pas encore. ?
Elle me regarda, intriguée. ? Tu vas inventer ?a ? ?
? Peut-être. ?
? Comment ? ?
? Je ne sais pas encore. Mais... j'ai des idées. ?
Le vieil homme nous écoutait, sceptique.
? Vous êtes sérieux, monseigneur ? ?
? Très sérieux. ?
? Personne n'a jamais réussi à vider cette mine. ?
? Je sais. ?
? Alors pourquoi vous y arriveriez ? ?
? Parce que j'ai des connaissances qu'ils n'avaient pas. ?
Il haussa les épaules. ? Si vous le dites, monseigneur. ?
De retour au domaine, je me suis enfermé dans mon bureau. j’ai sorti mes cahiers, mes notes et ma plume.
La vapeur.
Sur Terre, au XVIIIe siècle, Thomas Newcomen a inventé la première pompe à vapeur pratique. c'était en 1712 exactement.
Un cylindre,un piston, de la vapeur d'eau et une chaudière. Le principe était simple.
La vapeur pousse le piston vers le haut, puis on refroidit le cylindre, la vapeur se condense, crée un vide partiel et le piston redescend. Le mouvement du piston actionne une pompe.
C'était rudimentaire. Le rendement énergétique était pitoyable, peut-être cinq pour cent.
Mais ?a fonctionnait.
Si je pouvais reproduire ?a ici...
Je me suis mis à dessiner et faire des calculs
Composants nécessaires :
Cylindre en fer : diamètre 30 cm, hauteur 1 mètre. Fondu et usiné.
Piston : fer, étanche au cylindre. Joint en cuir graissé.
Chaudière : fer, capacité 200 litres. Pression basse (1,5 atmosphères max).
Valve d'admission vapeur : manuelle d'abord, automatique ensuite.
Valve d'évacuation condensat : idem.
Conduite vapeur : fer ou cuivre. 10 mètres.
Pompe d'eau : en bois, connectée au piston.
Combustible : bois. Beaucoup de bois. Le charbon viendrait après.
Les matériaux existaient ici. Le fer, on pouvait le forger. Le bois, on en avait en abondance. Le cuir pour les joints, facile.
La véritable question était : est-ce que je pouvais le construire ?
Techniquement, oui. Avec l'aide d'un bon forgeron et d'un bon menuisier.
Financièrement... ?a co?terait cher, Très cher.
Deuxième calcul..
Fer pour cylindre et piston : 30 couronnes.
Chaudière : 20 couronnes.
Conduites et valves : 10 couronnes.
Pompe en bois : 5 couronnes.
Main-d'?uvre (forgeron, menuisier, assemblage) : 20 couronnes.
Total estimé : 85 couronnes.
Arrondissons à 100 couronnes pour les imprévus.
C'était énorme. Mais si ?a fonctionnait...
Si je pouvais vider cette mine...
Le charbon valait de l'or et une mine de charbon en activité générerait des milliers de couronnes par an.
Et plus encore : ?a prouverait que mes machines fonctionnent. ce qui pourrait attirer l'attention.
Peut-être même celle du roi.
Je souris.
? Alaric ? ?
Lise entra dans le bureau. Elle portait une robe simple, avec les cheveux détachés.
? Tu as passé la soirée ici. Qu'est-ce que tu fais ? ?
? J'essaie de planifier. ?
? Planifier quoi ? ?
? Une machine, pour vider la mine. ?
? Tu es sérieux ? ?
? Très sérieux. ?
Elle s'assit à c?té de moi , regarda mes dessins et fron?a les sourcils.
? C'est quoi, ?a ? ?
? Un cylindre là, un piston ici et une chaudière pour faire bouillir l'eau. ?
? Et ?a fait quoi ? ?
? ?a pompe l'eau de la mine en continu sans qu’on fasse d’effort , avec seulement du bois qui br?le. ?
? Comment c'est possible ? ?
? La vapeur d'eau ma chérie . Quand l'eau bout, elle se transforme en vapeur. La vapeur prend beaucoup plus de place que l'eau liquide.Cette expansion pousse le piston et le piston actionne la pompe. ?
Elle secoua la tête.
? De la vapeur qui pousse un piston ? ?
? Oui. ?
? ?a marche vraiment ? ?
? Sur le papier, oui. J'ai fait les calculs et la physique est solide. ?
? Et dans la réalité ? ?
? On verra. Il faut construire un prototype et l’ajuster. Mais en théorie, ?a devrait fonctionner. ?
Elle me regarda longuement.
? Tu es fou. ?
? Peut-être oui .?
? Mais c'est pour ?a que je t'aime. Tu vois des solutions là où les autres voient l’impossible. ?
Je l’ai regardé avec ses yeux brillants d’amour .
? Je t'aime aussi. ?
Plus tard ce soir-là, on s'installa dans notre chambre.
Lise recomptait les couronnes du troisième paiement. Trois cents sur huit cents.
? Plus que cinq cents, ? dit-elle. ? Cinq mois. ?
? Cinq mois et tu seras libre. ?
? Libre, ? répéta-t-elle en rangeant l'argent. ? Tu sais ce que je ferai quand mes dettes seront payées ? ?
? Quoi ? ?
? Je vais ouvrir une nouvelle boutique à Havreblanc. une plus grande, avec tout ce qu'on a appris ici. ?
? Madame est ambitieuse. ?
? Toujours. ? Elle sourit. ? Et toi ? Avec ta pompe à vapeur ? ?
? Si ?a marche, ?a va tout changer pour nous . ?
? Comment ? ?
? Le charbon nous permettra de faire du vrai fer, de l'acier. Ce qui nous donnerait des machines plus complexes. ?
? Et après ? ?
? Après... je ne sais pas. plus de machines et des innovations. Peut-être des rails pour transporter des marchandises. Peut-être aussi des moteurs plus puissants. ?
Elle me regarda, impressionnée.
? Tu penses loin. ?
? J'essaie. ?
? Et moi, je serai où dans tout ?a ? ?
? à mes c?tés comme toujours. ?
Elle sourit et m'embrassa.
? J'adore etre à tes c?tés. ?
Cette nuit-là, j'ai écrit dans mon journal.
Journal. Jour 420.
Trois mois sont passés depuis le début de l'expansion.
Le nouveau batiment est terminé.
Lise a payé trois versements sur huit soit trois cents couronnes sur huit cents. Elle sourit beaucoup plus.
On est sur la bonne voie.
Aujourd'hui, j'ai vu une mine inondée qui était abandonnée depuis vingt ans.
Je pense pouvoir la vider avec une pompe à vapeur.
Thomas Newcomen l'a fait en 1712 sur Terre.
Je peux le faire ici.
Si ?a marche, je serai au centre de l'attention .
FIN DU CHAPITRE 15

