La dernière chose dont je me souviens, c'était la douleur.
C'était une pression sourde, qui irradiait de ma poitrine vers mon bras gauche. Je m'étais réveillé à trois heures du matin dans mon lit de Stuttgart, la main crispée sur mon sternum, incapable de respirer correctement. Le temps de réaliser ce qui m'arrivait '' crise cardiaque, mon Dieu, c'est une crise cardiaque '' tout était devenu noir.
Et maintenant, il y a de la lumière.
J'ai ouvert les yeux en gémissant. La lumière du soleil me transper?ait le crane comme des aiguilles chauffées à blanc. Je dus porter une main à mon visage pour me protéger et m'arrêter net.
une seconde .…Ce n'est pas ma main.
Enfin, oui. C'est attaché à mon bras. Je pouvais bouger les doigts, et sentir la peau contre mon front. Mais cette main est jeune . sans taches de vieillesse ou de veines apparentes. et ma peau est lisse, les articulations souples. Je la retourne, l'examen comme s'il s'agissait d'un objet étranger comme les fesses d'un bébé. j'avais des ongles courts et une cicatrice fine sur l'index droit.
Je ne reconnaissais rien.
pris de panique je dus m'appuyer contre le mur froid pour ne pas m'effondrer. Où suis-je ? J'ai balayé la pièce du regard, cherchant frénétiquement quelque chose de familier mais rien. Tout est étranger.
La chambre était petite avec un lit étroit et un matelas de paille recouvert d'un drap de lin bizarre, une table de bois brut, une chaise bancale et ce silence oppressant.
Qu'est-ce qui se passe ? Où est l'h?pital ? Où sont les ambulanciers ?
Je me suis levé, titubant. J'ai soixante ans, bon sang, je ne suis pas censé me lever aussi facilement après une crise cardiaque. J'ai regardé mes pieds, ils n'avaient pas de champignons.
C'est un rêve. Ou une hallucination. J'ai survécu à la crise cardiaque et maintenant mon cerveau fait n'importe quoi à cause du manque d'oxygène. Je me suis pincé fort et la douleur est réelle mais rien n'a changé autour de moi.
J'ai vu un bol d'eau sur la table du coup logique. Je m'en approche, je regarde mon reflet et tout. le visage que je vois n'est pas le mien.
C'est un jeune homme. Vingt-trois, peut-être vingt-cinq ans, avec des cheveux blonds, légèrement bouclés, qui tombent sur le front. Des yeux bleus, clairs. Un visage anguleux, viril, avec une machoire carrée et une petite cicatrice sur le sourcil gauche, ouais il est beau à sa manière hein. Mais ce n'est pas moi .
et là j'ai failli perdre la tête.
Ce n'est pas moi. Ce n'est pas mon corps. Qu'est-ce qui m'arrive ? Est-ce que je suis mort ? Est-ce que c'est l'enfer ? Une simulation ?
bref Je me suis forcé à respirer lentement. Calme toi . réfléchis. Soixante ans de formation scientifique ne peuvent pas dispara?tre, même dans cette situation absurde. Je suis dans un corps qui n'est pas le mien. Plus jeune, en meilleure santé et dans une pièce qui ressemble à quelque chose du XVIIIe siècle européen.
Mes souvenirs sont intacts. Je me souviens de tout. De ma vie à Stuttgart , de mon travail à la NASA , d'Anna, de ma retraite, et de ma mort. Donc c'est soit un rêve ou une hallucination. ce qui es t peu probable tellement les détails sont cohérents et la douleur est trop réelle.
Soit je suis dans le coma, dans un h?pital quelque part et mon cerveau invente tout ?a. c'est possible. Mais pourquoi un scénario aussi élaboré ?
ou soit la théorie de l'absurde, Je suis mort et je me suis réveillé dans un autre corps, dans un autre monde. Scientifiquement impossible. Mais… qu'est-ce qui, dans tout ?a, est scientifiquement possible ?
Je me suis assis sur le lit, la tête entre les mains. Si je suis vraiment dans un autre corps, dans un autre monde, alors je dois survivre, je dois comprendre où je suis. Qui je suis censé être.
J'ai fermé les yeux en imposant de farfouiller dans la mémoire de ce corps. il y'a des images floues qui refont surface. Alaric von Rothfeld . Baron, Province de Falkenheim, Royaume de Valthara .
c'était des souvenirs fragmentaires. Une enfance dans ce manoir délabré avec un père sévère, mort cinq ans plus t?t et une mère fragile, morte trois ans après et il y'avait des dettes. Beaucoup de dettes. Un domaine qui s'effrite, des paysans qui meurent de faim. Et Alaric, seul, incompétent et dépassé, qui a laissé tout partir à la dérive.
quand j'ai ouvert les yeux à nouveau. Les souvenirs n'étaient pas complets, mais ils étaient là. Je me suis réincarné dans le corps d'un noble raté. Dans un monde qui ressemble à l'Europe du XVIIIe siècle. Avec, apparemment, de la magie . Parce que oui, il y a des souvenirs d'Alaric enfant, observant une domestique allumer un feu d'un simple geste de la main. De la magie. Waouh.
Je dois sortir et voir ce monde de mes propres yeux.
J'ouvre la porte de la chambre et je vois un couloir avec des portraits poussiéreux de gens qu'Alaric a vaguement connu des ancêtres, probablement. Je descendis l'escalier et je tombe sur une grande salle. Un hall d'entrée, probablement. Des meubles couverts de rideaux , une cheminée éteinte, une odeur de moisi et au centre, un vieil homme de s?rement soixante-dix ans, peut-être plus. Il sursaute en moi voyant.
If you spot this story on Amazon, know that it has been stolen. Report the violation.
? Monseigneur ! ? dit le vieil homme, s'inclinant maladroitement. ? Vous êtes réveillé ! Dieu soit loué. Nous pensions que… Enfin, vous étiez si pale ce matin… ?
Je l'ai regardé sans comprendre. Le vieil homme fron?a les sourcils.
? Monseigneur ? Vous vous sentez bien ? ?
? Je… ? Je m'éclaircis la gorge. Ma voix est différente. ? Oui. Je… je vais bien. Qui êtes-vous ? ?
Le vieil homme cligne des yeux, visiblement troublé. ? Grégory, Monseigneur. Votre intendant. Je… vous ne vous souvenez pas ? ?
Merde. bon… Je fouille rapidement dans les souvenirs fragmentaires. Gregor, Oui… L'intendant loyal et honnête. Probablement la seule personne compétente dans ce domaine délabré.
? Pardon, Gregor, ? je dis, me for?ant à para?tre calme. ? J'ai… dormi étrangement. Tout est un peu confus. ?
Gregor hocha la tête, visiblement soulagé que son seigneur ne soit pas complètement fou. ? Bien s?r, Monseigneur. Voulez-vous que je vous apporte quelque chose ? Du mal ? De l'eau ? ?
? De l'eau. Oui. Merci. ?
Gregor s'inclina et disparut dans un couloir adjacent à moi, laissant seul dans le hall, les jambes tremblantes. D'accord. D'accord. Je suis ici. Dans ce corps. Avec un intendant nommé Gregor et un domaine en ruine.
Je me suis donc approché d'une fenêtre et je l'ai ouverte. Bon chanté. L'air extérieur est frais, vivifiant, avec une odeur de terre et d'herbe mouillée.
et dehors, le domaine s'étend devant moi avec des champs, pour la plupart en friche. Des batiments agricoles délabrés et au loin, des paysans qui travaillent, courbés sur leurs outils primitifs. Et au-delà, une forêt dense, qui semble s'étendre à l'infini.
Mais ce qui me coupe le souffle, ce sont les deux lunes .
Dans le ciel, encore visibles malgré le soleil levant, il y avait deux lunes. Une grande, pale, semblable à celle de la Terre. Et une plus petite, légèrement rosée, qui brillait faiblement dans la lumière du matin.
Deux lunes. Deux putain de lunes. Je ne suis pas sur Terre. Je ne suis même pas dans mon univers.
Le choc fut trop grand. J'avais espéré, secrètement, que tout ?a n'était qu'un rêve élaboré. Mais les deux lunes… Les deux lunes ne mentent pas.
Je suis complètement ailleurs.
Gregor revient avec un pichet d'eau et un verre. Il me trouve assis par terre, le regard perdu dans le vide.
? Monseigneur ? ? dit Gregor, inquiet. ? Vous êtes s?r que tout va bien ? ?
j'ai pris le verre d'une main tremblante pour boire. L'eau était froide, j'ai vidé le verre en quelques gorgées et le rendu à Gregor.
? Gregor, ? je dis lentement, ? j'ai besoin que tu me rafra?chisses la mémoire. Sur… tout. Le domaine. Les dettes. Les revenus. Tout. ?
Gregor hésite. ? Monseigneur, vous savez déjà tout ?a… ?
? Fais-moi plaisir. ?
Gregor soupire et s'assied sur une chaise bancale. ? Très bien. Le domaine de Rothfeld couvre environ deux cents hectares. Soixante pour cent sont cultivés, mais mal. Les rendements sont faibles. Nous avons trente familles de paysans, soit environ cent vingt personnes au total. Ils payaient leurs redevances en nature et en travail, mais avec les mauvaises récoltes de ces dernières années… ? Il secoue la tête. ? Les revenus annuels sont d'environ quatre-vingts couronnes. Les dépenses, cent. Nous sommes en déficit constant. ?
? Et les dettes ? ?
? Cent cinquante couronnes, Monseigneur. Dues au marchand Marlowe de Falkenbourg. Il a menacé de saisir le domaine s'il n'avait pas de remboursement dans les quatre-vingt-dix jours. ?
Quatre vingt dix jours. Je fais rapidement le calcul. Avec quatre-vingts couronnes de revenus annuels, il devrait presque deux ans pour rembourser cent cinquante couronnes. Et ?a, c'est en supposant qu'il n'y ait aucune dépense. Ce qui est impossible.
Je suis ruiné. Complètement ruiné.
? Combien d'argent reste-t-il en caisse ? ?
? Environ cent cinquante couronnes, Monseigneur. les économies de vos parents. Mais si vous les utilisez pour rembourser Marlowe, il ne restera rien pour faire fonctionner le domaine. ?
Un piège parfait. Rembourser les dettes signifie condamner le domaine à l'effondrement immédiat. Ne pas rembourser signifie perdre le domaine dans trois mois.
J'ai fermé les yeux. D'accord. D'accord. Réfléchis. Tu as survécu à des problèmes complexes toute ta vie. Tu as con?u des systèmes de survie pour l'espace. Tu peux gérer un domaine agricole du XVIIIe siècle.
? Gregor, montrez moi les champs. Je veux tout voir. ?
Gregor me regardait comme si j'avais perdu la tête. ? Monseigneur, vous n'êtes jamais… Enfin, vous ne sortez jamais inspecter les champs. ?
? Et bien, aujourd'hui, je dors. ?
Gregor haoussa les épaules et se leva. ? Comme vous voulez, Monseigneur. ?
on a marché pendant une heure et j'ai tout vu , les champs mal entretenus , les outils primitifs et les paysans épuisés qui me regardaient passer avec un mélange de crainte et de méfiance. Personne ne m'aime et les souvenirs fragmentaires d'Alaric le confirment. Le vrai Alaric a été un noble absent, incompétent, qui ne se souciait pas de ses terres ni de ses paysans.
Mais moi parce que je suis toujours moi, Heinz, dans ma tête je vois des opportunités partout.
Les champs utilisent une rotation biennale, inefficacité. Un roulement des champs doublerait les rendements et un tri rigoureux des semences améliorerait la qualité.
Et puis il ya l'eau. Le domaine a une rivière, mais aucun système d'irrigation. Avec des canaux rudimentaires, on pourrait cultiver des terres actuellement en friche.
Je peux faire ?a et je vais faire ?a. Parce que s'il ya une chose que je sais faire, c'est résoudre des problèmes. Et ce domaine n'est qu'un problème d'optimisation de ressources. c'est complexe, certes mais pas insurmontable.
? Gregor, ? je l'appelais alors que nous rentrions vers le manoir, ? demain, vous allez réunir tous les chefs de famille paysanne. Je veux leur parler. ?
? Leur parler, Monseigneur ? De quoi ? ?
? De changement. ?
Gregor me regarda, perplexe. Mais il hocha la tête. ? Comme vous voulez, Monseigneur. ?
Cette nuit-là, seul dans ma chambre, je me suis assis à la table de bois et j'ai ouvert un tiroir. y'avais du papier, de l'encre et une plume. J'ai commencé à écrire pour garder la raison.
Journal. Jour 1.
Je suis mort. Ou du moins, Heinz Tok est mort. d'une Crise cardiaque à Stuttgart à 3h du matin à Soixante ans.
Et maintenant, je suis Alaric von Rothfeld j'ai vingt-trois ans, je suis un baron ruiné du royaume de Valthara.
Il y a deux lunes dans le ciel de la magie, un monde qui n'a rien à voir avec la Terre.
Je ne comprends pas comment c'est possible. Je ne sais pas si c'est permanent. Je ne sais pas si je reverrai un jour mon monde.
Mais une chose est sur : Je suis vivant et tant que je suis vivant, je dois survivre.
Premier objectif : Rembourser Marlowe en Quatre-vingt-dix jours.
Deuxième objectif : je dois comprendre ce monde , la magie, les lois , etc.
Troisième objectif : Trouver un sens à tout ?a.
Je ne sais pas si j'y arriverai. Mais je vais essayer.
Parce que c'est ce que je fais de mieux.
Même si tout ?a est absurde et surtout si tout ?a est absurde, j'ai posé la plume pour regarder par la fenêtre. Les deux lunes brillaient dans le ciel nocturne.
J'ai fermé les yeux et je me suis laissée aller. Je suis ici dans ce corps et dans ce monde. Pour combien de temps, je ne sais pas, mais je suis ici et je vais vivre.
Parce que s'il ya une chose que j'ai appris en soixante ans, c'est que la vie est courte. Trop court pour la gacher. Même une deuxième vie.
? D'accord ?, je murmure dans le silence de la nuit. ? Allons y. ?

