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Chapitre 3

  Il faisait tard. La lumière de la cave, prisonnière d'un grouillement d'insectes attirés par sa lueur, pulsait faiblement. Allongé dans sa loge, Belial la fixait sans la voir. Il se remémora la journée d'hier qui était très particulière, surtout le comportement de Caleb.

  — Qu'est-ce que c'est cette histoire de projet ? Pourquoi il possède cette chose visqueuse ? Pourquoi a-t-il besoin de moi ? Eh merde... je suis trop parano, je dois me calmer. Normalement c'est censé être ses petites expériences habituelles, rien de plus... je dois arrêter de m'inquiéter. Sinon la pastèque était incroyable, même pas s'il pouvait le faire chaque jour.

  Les grincements de la porte de la cave perturbèrent ses pensées. Des pas se firent entendre dans les marches, ils se rapprochaient de la cage. C'était Caleb. Il se pencha vers la serrure et l'ouvrit.

  — Suis-moi !

  — ...

  Belial eut une légère boule au niveau du ventre.

  — Donc c'est maintenant...

  Ils longèrent les pièces. Belial pensait que leur marche les mènerait à la pièce isolée au fond, mais ils la dépassèrent. Ils s’arrêtèrent finalement au pied des escaliers menant à l’étage. Caleb lui demanda de monter avec lui.

  — T'es s?r ?

  — N'aie pas peur, monte avec moi, dit Caleb en souriant.

  Cette partie de la maison semblait inconnue aux yeux de Belial. Dès la fin de la montée, ils se firent accueillir par une tête de cerf empaillée.

  — C'est quoi ?

  — Un trophée de chasse. Je me rappelle comme si c'était hier. Je venais de déverser de la NX-17 dans une mare. Cette drogue que j'avais créée à force d'erreurs et transformée en une arme biologique mortelle agit comme un parasite sur le système nerveux. J'espérais tomber sur le jackpot et ce jour, la chance m'a souri. Dix pour le prix d'un. ?a restera à jamais mon meilleur score.

  Belial regardait le scientifique avec indignation.

  — Bon, on y va ? dit Caleb d'un ton naturel.

  — Attends. J'aimerais savoir comment ils ont péri.

  — Bah je te l'ai expliqué. Sois plus attentif.

  — Non je sais... j'aimerais que tu approfondisses le sujet.

  — Ah je vois. La mort des cerfs s'exécuta en trois actes.

  Acte I : l'usurpation. Au premier effet de la NX-17, ces cerfs furent envahis par une effervescence chaotique. Sa majestueuse encolure se crispa, sa langue se dessécha, et ses yeux, naguère sombres, se révulsèrent ne laissant voir que le blanc nacré de l'affrontement intérieur.

  Acte II : la dissonance. Ses muscles, trahis par leur propre réseau, se mirent en guerre. Ses pattes se croisèrent et son cou se tordit en se déchirant, et tout son corps fut saisi d'une danse saccadée, un simulacre de mouvements où chaque membre tirait dans une direction contraire. Il tournoyait sur place, pantin désarticulé, tandis qu'un rale sifflant s'échappait de sa gorge paralysée.

  Acte III : l'épuisement. La tempête nerveuse, insatiable, consuma ses dernières ressources. Les convulsions, moins amples mais plus profondes, se firent tremblements, puis frissons, puis plus rien. Il s'affaissa enfin, statue de chair figée dans une ultime contraction. Les sabots levés dans un geste absurde, les yeux grands ouverts. La vie l'avait quitté non par blessure mais par l'épuisement total du cablage qui la rendait possible. Voilà, maintenant tu sais.

  — Pourquoi ? C'est un acte inhumain, un crime contre l'humanité.

  — Relax, c'est juste du bétail.

  — Es-tu au moins conscient que ce sont des êtres vivants ? T'as pas de c?ur, t'es qu'un sale monstre.

  — Dixit le gobeur de rongeurs.

  — Bon... tu ne m'as pas laissé le choix, vu que t'as décidé de m'isoler dans une cage sans bouffe saine et sans eau potable.

  — Tu as peut-être raison. J'ai été un peu trop cruel avec toi. Je suis désolé...

  Belial sursauta, il n'en croyait pas ses oreilles.

  — Vraiment ?

  — Oui, mais si tu veux vivre dans de meilleures conditions, tu devras accepter toutes mes demandes.

  — Oui... si c'est pour mieux vivre. Une petite expérience ne me fera pas de mal, je t'ai supporté durant 9 ans quand même.

  — Une petite expérience... on verra. Sans plus tarder, suis-moi.

  Ils continuèrent de longer. Belial était fasciné par les tableaux de l'ère victorienne, jusqu'à leur arrêt devant une porte verrouillée par un dermascan.

  — T'aimes bien ces machins.

  — Ouais, ils sont en réduction sur le marché.

  Caleb déverrouilla la porte.

  — Bienvenue dans mon repère.

  — WOOOOWWW... j'ai pas les mots.

  à l'intérieur de la pièce, la lumière était basse, filtrée par des bandes LED aux teintes violettes et bleues. Les murs étaient tapissés de panneaux acoustiques usés. Contre le mur principal, des consoles tr?naient sur des étagères. Des modèles de différentes époques, tels que de vieilles machines du début du XXIe siècle. à c?té, un petit frigo rempli de boissons énergétiques bourdonnait, et au-dessus, des figurines qui semblaient familières à Belial.

  — Donc cette baraque comporte un matos pareil et tu ne me tiens pas au courant. Je savais que t'étais sans c?ur mais pas à ce point. Putain... la PX-6, la dernière à ce jour. Elle est merveilleuse.

  — Je l'ai eue grace à une vieille connaissance. Elle est belle, n'est-ce pas ?

  — Je savais pas que t'étais gamer, bon en même temps tu me parles jamais de toi.

  — Ne t'inquiète pas, peut-être qu'un jour tu sauras la vérité. Aujourd'hui je suis de bonne humeur, je te laisse mon repère. Sans plus tarder, je te laisse profiter.

  — Attends, où tu pars ?

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  — Tu sais bien. Cesse de me faire perdre plus de temps.

  Il lui claqua la porte au nez. J’arrive pas à y croire qu’il m’a laissé seul dans ce paradis. C’est juste merveilleux. C’est un rêve devenu réalité. Je suis envahi de joie.

  Belial se frappa la tête.

  — Réveille-toi, Belial. Son rappel résonna. Tu ne vas pas tomber sous son emprise, rappelle-toi que ce type t'a laissé dormir dans une cage pendant des années. Mais bon... ?a sert à rien de faire marche arrière, j'ai accepté le deal pour mieux vivre. C'est le prix à payer si je veux gagner en respect.

  — Je suis un peu perdu là, il faut que je me concentre.

  La pièce regorgeait de tant de merveilles que Belial, submergé, hésitait par où commencer. Il se dirigea vers la collection de figurines.

  Il y avait des figurines particulières, telles que le personnage d’un ancien jeu du début des années 2000. Il avait un casque en forme de pyramide métallique accompagné d’une arme rouillée. Il y avait aussi ce gar?on aux cheveux blonds, aux oreilles pointues, vêtu d’une tunique verte, et plein d’autres figurines.

  — Ah, lui je le connais.

  En dehors des figurines, se trouvait un frigo rempli de boissons énergisantes de différentes marques et go?ts.

  Belial saisit une canette froide. La prenant avec curiosité, il l’ouvrit. Un pschitt retentit, suivi d’une odeur sucrée de fruits chimiques et de caféine.

  Il avala une gorgée. D’abord rien, puis ses pupilles se dilatèrent soudain, il cligna des yeux, lentement.

  — Intéressant…

  Belial saisit trois autres canettes de go?ts différents et les mélangea dans une canette vide. Il but toute la canette d’un coup.

  — OOOH PUUUUTAAIINNN !!! Mon crane va exploser. Il faut que j’arrête d’écouter la petite voix dans ma tête.

  Belial vint au mur, une cible de fléchettes, et prit des fléchettes dans un tiroir.

  Voyons voir ce que j’ai dans le ventre.

  Belial lan?a une fléchette.

  Il affrontait Sir Jude Campbell, sa voix résonnait car ce n’était pas lui qui avait placé un aristocrate apprécié dans un livre.

  Le match était à son point culminant.

  Sir Jude Campbell menait 32 à 41, devait finir en 2 fléchettes.

  Belial, à 41, devait finir en 3.

  Belial se parlait à lui-même à voix basse.

  — Allez, 41. Un double 20 et... un simple 1. Simple. Ne réfléchis pas.

  Il s'aligna, leva le bras, mais c'est la voix de Sir Jude qui sortit, glaciale, de sa bouche.

  — Simple ? La pression est le cimetière du talent, mon gar?on.

  Le Sir échoua ses tirs pour finir, atterrissant dans un 12, puis 3. Il restait avec 12 points.

  — Fichtre et craquignoles ! à vous, jeune huluberlu.

  Belial reprit sa posture, il lan?a. 20 simple, puis 1. Il restait 20, une fléchette, le double 10. La voix du Sir murmura : montrez-nous votre médiocrité.

  Belial lan?a, clak. La fléchette se ficha dans le double bullseye central. 50 points.

  — Oui !!!

  Il regarda la cible.

  — Un excellent aristocratique, Sir Campbell.

  Un silence, puis un accent britannique.

  — Hmph, coup de chance. Je vais te laisser aucune chance au retour.

  Belial sourit.

  — Bien… c’est le moment de tester la PX-6.

  Belial prit la console de l’étagère et une étrange sensation l’envahit.

  — Je me sens si nostalgique de mon enfance, même si elle était déjà pourrie, mais au moins tu étais à mes c?tés, maman.

  Ah, la PX-6, je ne pensais pas qu’elle était si massive. Ce machin est plut?t bien conservé pour une console rétro, pour une fois Caleb fait une bonne action.

  Sans plus tarder, il alluma la console et une musique douce se joua à l’intro.

  — Les intros de la PX sont toujours si relaxantes pour les oreilles.

  L’accueil était composé de 4 jeux : MINDCRAFT, COW, BUCKET LEAGUE et BLOCKUS.

  — Hein, c’est quoi ces machines ? Qui sont ces artistes ? Assassin’s Origins et Call of Warfare, je m’attendais à des bêtes de jeux, mais voilà Mindcraft, Cow et Bucket League... mais pas Blockus, jamais entendu parler.

  Après plus d’une heure de gameplay, Belial se décida enfin à jeter l’éponge.

  — Je crois que c’est la pire expérience de jeu vidéo de ma vie. ?a fait des années que je n’avais plus touché à un jeu et là, je m'y remets enfin, tout ?a pour à peine une heure de gameplay. Je me sens trahi.

  Délaissant la console qui venait d'être éteinte, il se mit en quête dans la pièce d'une source de divertissement plus captivante. Belial errait sans but précis dans le repère. Il marcha plus loin que d'habitude, derrière des générateurs qui ronronnaient comme des bêtes. C'est là qu'il la vit. Posée à même le sol, à moitié dissimulée derrière une étagère. Une console massive noire, pas de logo lumineux, pas de couleur vive. Juste une coque mate, rayée, marquée par le temps. Un cable pendait à l'arrière. Belial s'accroupit, il passa la main dessus.

  — C'est froid !

  Sur la tranche, il était écrit : GHOSTDECK.

  Il chercha autour. Un vieux cable d'alimentation tra?nait dans une caisse. Il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait, seulement que ses mains bougeaient toutes seules. Quand il appuya sur le bouton, il n'y eut aucun son. Puis, quelques secondes après, l'écran s'alluma. Pas d'introduction, juste une interface sombre, fond noir et texte gris :

  BIENVENUE UTILISATEUR NON ENREGISTRé. SESSION TEMPORAIRE OUVERTE.

  — Quoi ?

  Un seul jeu apparaissait dans la liste. Pas d'image, pas de description. Juste un titre : Chambre 12.

  — Un jeu seulement... c'est pas ma journée.

  Il sélectionna, l'écran clignota.

  Il prit la manette. La pièce ressemblait à une chambre d'enfant : un lit défait, des murs gris, une porte fermée et une horloge sans aiguilles. Un bruit de respiration sortait des haut-parleurs. Belial avan?a dans la pièce, un miroir apparut. Mais ce n'était pas son reflet, c'était lui, plus jeune, faible et encha?né. Puis une voix sortit de la console.

  — Pourquoi tu obéis encore ? Tu n'es pas son fils, tu es son outil.

  Belial recula.

  — Arrête...

  Mais le jeu continua.

  Les murs se refermèrent, la porte se mit à trembler. Des silhouettes passaient derrière les murs. Chaque fois que Belial essayait de quitter la pièce, la chambre se réorganisait. La voix reprit, plus douce.

  — Tu sais ce qu'il te fera quand tu ne serviras plus. Tu veux vivre ? Ou continuer à être son monstre ?

  Belial sentit sa respiration devenir rapide, ses mains tremblaient, son c?ur battait trop vite et les murs devenaient rouges. La chambre ressemblait maintenant à la cave.

  La voix cria :

  — Il ne te considérera jamais ! Tu finiras comme les autres !

  Belial lacha la manette.

  — Tais-toi !!!

  Mais l'écran s'agrandit.

  La chambre semblait sortir de la télévision. Belial recula et heurta le mur.

  Il se mit à se débattre, il tira les cables et l'écran clignota. Le jeu tenta une dernière phrase.

  — Si tu restes, tu ne sauras jamais qui tu es.

  Belial arracha le cable.

  Il tomba à genoux, en sueur, avec un regard vide. Caleb avait tout observé dans l'ombre.

  — Intéressant. Ton esprit résiste encore. La plupart auraient succombé au choc, mais toi...

  Belial leva les yeux, rempli de peur.

  — Tu veux me détruire...

  Caleb sourit.

  — Qui ? Moi ? Non.

  — C'était quoi cette console ? Et ce jeu ?

  — Tu poses trop de questions. Va prendre une douche, tu dors bien. Demain, c'est un grand jour.

  Belial l'obéit, le regard perdu.

  Derrière lui, Caleb murmura :

  — La curiosité scellera ton destin un jour, Belial.

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