Deux enfants étaient nés, à plusieurs dizaines de minutes d'intervalle. Cerena, à bout de forces malgré le soutien des guérisseurs, n'eut pas le loisir de rencontrer ses deux enfants et sombra dans un sommeil de plomb.
Quelques heures plus tard, lorsqu'elle se réveilla, sa suivante se trouvait à ses c?tés, souriante : elle se leva, sortit brièvement dans le couloir et revint aussit?t.
— Vous êtes-vous bien reposée, Ma Dame ? Vous avez très bien travaillé. J'ai fait mander Sa Majesté.
Cerena, encore sonnée par la fatigue mais néanmoins lucide sur la précarité de sa situation, bredouilla :
— Où… est… où sont-ils ?
— Ne vous inquiétez pas, ils vont bien. Ils sont en excellente san—
— Je veux savoir où ils sont, la coupa-t-elle.
La suivante, déroutée par le ton ferme et le regard sérieux de Cerena — qui reprenait peu à peu ses esprits — resta bouche bée un instant.
— J'ai simplement demandé à ce qu'on vous laisse vous reposer. Vous les verrez bient?t, répondit-elle avec un sourire se voulant rassurant.
Cerena lui jeta un regard méfiant, tentant de lire entre ses mots.
— Ne me mens pas. Je mérite la vérité. On me les a pris, n'est-ce pas ?
La suivante secoua la tête et recula d'un pas, baissant les yeux, tout juste capable de formuler une explication :
— Non, je—
La porte s'ouvrit, interrompant la suivante dans un sursaut avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase. Une autre voix s'éleva :
— Je pensais pourtant avoir été clair. Les circonstances ont changé. Tes accusations sont infondées.
L'Empereur avan?a dans la chambre tandis que la suivante, après une rapide révérence, se faufila à l'extérieur en toute hate et sans ajouter un mot, comme craignant une admonition.
Une autre servante entra dans la chambre peu après, portant deux nourrissons dans ses bras. Délicatement, elle vint les déposer avec soin contre leur mère — qui était partagée entre la confusion et le soulagement — et quitta la pièce en silence.
Désormais seuls, Cerena regarda son mari d'un air perplexe, avant de tourner son regard vers les deux nouveaux-nés, à moitié assoupis, qu'elle tenait tendrement.
Une irrépressible envie de pleurer la saisit, son c?ur battant à tout rompre. Un long moment passa, l'Empereur, à distance, observant toujours la scène.
Lorsque Cerena reprit enfin ses esprits, elle baissa les yeux et murmura :
— Je suis désolée… je n'ai pas pu m'empêcher de penser…
Il s'approcha lentement, puis s'assit à c?té d'elle.
— Une nourrice s'est occupée d'eux le temps que tu te reposes. Ta suivante est restée à ton chevet tout ce temps.
Il posa doucement une main sur la tête de l'un des jumeaux, le reflet dans ses yeux chargé d'une tendresse inédite.
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— Tu as été forte ; tu peux être fière de toi. Mais il te reste une tache à accomplir…
Le regard de Cerena trahissait son anxiété. Il poursuivit :
— Ton fils et ta fille ont besoin d'un nom.
La jeune femme écarquilla les yeux. Elle était si focalisée sur l'attitude de l'Empereur à son égard qu'elle n'y songeait même plus. Elle poussa un profond soupir de soulagement.
C'était donc un gar?on et une fille… Elle ferma les yeux, pensant à l'avenir que chacun d'eux serait amené à avoir… et se dit qu'elle aurait amplement le temps d'y réfléchir plus tard.
— Ce sera… Edwyn, pour lui. Et pour elle… Nina.
? En hommage à la personne à qui je dois la vie ?, pensa-t-elle, se remémorant le nom figurant sur la lettre qu'elle avait secrètement re?ue des mois auparavant.
L'Empereur sourit, apparemment satisfait. Un silence s'installa tandis qu'ils contemplaient leur progéniture, fragile et paisible.
???
Durant les jours qui suivirent, Cerena se vit imposer beaucoup de repos. Elle se confondit en excuses auprès de sa suivante, s'inclinant avec humilité pour l'avoir accusée à tort. Celle-ci, visiblement embarrassée, ne sembla pas lui en vouloir.
La présence de sa suivante et celle de la nourrice permirent à Cerena de continuer à voir ses enfants grandir sans s'épuiser davantage. Elle se sentit également fort soulagée lorsqu'elle put enfin quitter le lit.
Les trois premiers mois passèrent à toute allure. Cerena remarqua que les jumeaux ne grandissaient pas aussi vite qu'Owen ou Elvira — s?rement parce qu'ils étaient nés ensemble. Leur rythme de croissance restait néanmoins supérieur à la normale : ils avaient déjà atteint l'équivalent de six mois.
Ils tenaient assis, riaient aux éclats, et parvenaient à articuler quelques syllabes. Ils reconnaissaient les personnes de leur entourage et le contact de leur petite main agrippant celle de Cerena lui réchauffait le c?ur.
Les jumeaux partageaient les cheveux chatains de leur mère, mais ils avaient dans leur regard le même éclat doré que leur père. Leurs oreilles pointues ne laissaient quant à elles pas de place au doute.
Cerena se sentait revivre, physiquement et mentalement. Son mari n'avait pas cessé de lui rendre visite, et leurs moments d'intimité avaient repris quelque temps plus t?t.
Voir ses enfants grandir sous ses yeux lui apportait réconfort et bonheur. Elle culpabilisait cependant : jamais ils ne pourraient remplacer ses a?nés ou combler leur absence en son c?ur. Mais lorsqu'elle fermait les yeux, elle sentait qu'au fond d'elle, elle craignait de les oublier un jour ; et surtout qu'ils lui en voulussent en retour.
???
Six mois s'écoulèrent paisiblement. Cerena avait retrouvé la santé et repris ses habitudes : ses promenades, son bain, ses repas. Elle partageait le plus de choses possible avec ses enfants, qui avaient atteint l'age d'un an.
Bien qu'encore petits, les jumeaux étaient vifs et très complices, s'amusant et se chamaillant à longueur de journée.
Ils avaient leur propre chambre, mais Cerena pouvait leur rendre visite chaque fois qu'elle le souhaitait, le Capitaine l'y escortant avec plaisir.
Les bêtises du duo provoquaient à la fois les rires de leur mère et les remontrances de sa suivante, qui passait son temps à leur courir après.
Mais un matin, alors que Cerena allait justement les sortir du lit, un garde arriva au pas de course. Il prit le Capitaine à part et échangea quelques mots avec lui, tous deux jetant des regards furtifs à la jeune femme.
Le soldat repartit, la laissant à nouveau seule avec le Capitaine. Sentant que la situation la concernait, elle lui demanda :
— Y a-t-il un problème ?
Il se caressa la barbe et la regarda un moment, semblant réfléchir à ses paroles.
Enfin, il dit, dans un léger soupir :
— Il semble que nous ayons de la visite.
Cerena ne réagit pas de suite. Elle repensa à l'intrusion au palais, des mois plus t?t.
— Mes enfants et moi-même sommes-nous en danger ? demanda-t-elle.
— Non, j'en doute, répondit-il, un sourire en coin.
Inclinant la tête d'incompréhension, elle s'apprêta à répliquer, mais une pensée la figea. Son c?ur manqua un battement.
Et si Owen était revenu ?

