Dans une auberge de village des environs de la capitale impériale, un homme et une jeune fille, agée de quatorze ans environ, discutaient. Ils avaient tous deux les cheveux noirs et les yeux bleus, preuve d'un lien indéfectible.
— ?Est-ce qu'elle va bien ? demanda la jeune fille d'un air inquiet.
— Elle semble… en bonne santé.
— Alors je pourrai la voir?? murmura-t-elle.
Il y eut un silence : la vérité se passait de mots. La Cerena qu'il avait aper?ue lors de la cérémonie de mariage n'était plus celle qu'il avait laissée lors de l'incendie, lui rappelant davantage celle qu'elle était après qu'il l'ait secourue dans la montagne. Néanmoins, il avait vu quelque chose de différent dans son regard : elle ne semblait plus animée par la peur, mais par la résignation. Cela, sa fille n'avait pas besoin de le savoir.
— Dis-moi, Elvira… que veux-tu faire ?
— Comment ?a ? répondit-elle, interloquée.
— Qu'attends-tu de ton voyage, exactement ? Qu'espères-tu accomplir ?
Elvira réfléchit un instant.
— Je veux la revoir ; retrouver Maman, répondit-elle.
— Est-ce que tu veux la sauver ?
En réponse, elle formula une autre question :
— Est-ce qu'elle en a besoin ?
Le jeune homme, pris de court, la regarda bouche bée, puis secoua la tête.
— Je ne crois pas ; du moins, pas au sens où tu l'entends. Elle n'est peut-être pas heureuse, mais elle ne semble pas en danger imminent.
— Tant mieux. Mais je veux voir comment elle va de mes propres yeux, et être là pour elle.
Elvira et son père avaient quitté le village depuis un peu plus de six mois. Lorsqu'ils avaient entendu l'annonce du mariage, ils craignaient que ce ne f?t un piège. Après tout, ils se savaient sous constante surveillance. Elle aurait souhaité assister à la cérémonie, mais son père avait décidé de s'y rendre seul, tandis qu'elle l'attendait quelque part en sécurité.
— écoute, ma puce. Je sais que tu as hate de la revoir, mais tu ne dois pas te précipiter. J'ai vu l'Empereur ; il est d'un tout autre niveau. Tu ne dois pas chercher à l'affronter. Et si tu veux la rejoindre, tu devras lui montrer que tu n'es pas une menace pour lui. Pour cela, je ne pourrai pas t'accompagner.
— Tu ne peux pas ?
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Un sourire triste se dessinant sur son visage, il répondit :
— Malheureusement, c'est impossible. Tu as encore beaucoup à apprendre, mais je suis s?r que tu y arriveras. Et puis, le village a aussi besoin de moi ; je devrai y retourner t?t ou tard. Ainsi, même lorsque nous nous séparerons, tu sauras toujours où me trouver.
Les yeux baissés, Elvira réfléchissait.
— Alors, ?a veut dire que je dois choisir entre vous deux ? demanda-t-elle, attristée.
— Non, dit-il en secouant la tête. Il n'y a pas à choisir. Tu dois la retrouver, car elle a besoin de toi. Et elle n'est pas la seule dans ce cas. N'oublie pas ton frère…
— Mais on ne sait même pas où il est… Cela fait longtemps qu'on n'a plus la moindre nouvelle de lui.
— Je n'en suis pas si s?r. Si on ignore où il est, alors cela signifie certainement que personne d'autre ne le sait. C'est plut?t bon signe. ?a peut aussi vouloir dire qu'il n'a pas encore agi. Tout comme nous, il doit attendre le bon moment. Et ce jour-là, tu devras te tenir prête, car tu seras s?rement la seule à pouvoir l'aider ; ou bien l'arrêter.
Elle inclina la tête.
— L'arrêter ?
— Je ne sais pas ce qu'il compte faire, mais… peut-être qu'il est celui qui aura besoin d'être sauvé. Sauvé de lui-même.
???
Sur la route du royaume voisin, une jeune femme voyageait escortée par des hommes d'armes. Blonde aux yeux bleus, approchant de la trentaine, elle avait assisté à la cérémonie des noces de l'Empereur.
En tant que princesse, elle était souvent sur les routes, envoyée comme émissaire au nom de ses parents. Elle était très à cheval sur ses principes et agissait toujours de manière formelle et respectueuse. En revanche, l'Empire était rarement accessible aux émissaires étrangers, et elle s'y risquait rarement. Elle n'avait entendu l'annonce du mariage que par le bouche à oreille qui s'était répandu jusque dans son royaume.
Pourtant, le prénom de la promise de l'Empereur lui était tout sauf inconnu. C'était le même que celui de sa petite s?ur, depuis longtemps disparue. Sa famille ne l'avait jamais plus prononcé depuis ce jour fatidique, ce pour quoi elle leur en avait toujours voulu. Même lorsqu'elle les avait interrogés à son sujet, ils avaient fait la sourde oreille, comme si sa s?ur n'avait jamais existé.
Alors elle avait décidé, de sa propre initiative et dans l'anonymat, de se rendre au mariage. Elle devait en avoir le c?ur net. Cela représentait un risque considérable d'incident diplomatique, en plus d'avoir d? s'y rendre seule et sans escorte.
à la fin, elle ne l'avait pas regretté : son c?ur lui soufflait que la jeune femme, désormais épouse de l'Empereur, était à n'en pas douter sa jeune s?ur. Et même si la voir dans ces circonstances lui avait brisé le c?ur, elle se sentait malgré tout rassurée, et savait qu'elle n'avait plus à s'inquiéter.
Avant de reprendre la route, elle lui avait glissé une lettre, espérant réparer les torts de sa famille et apaiser sa propre conscience.
Sa mission personnelle accomplie, elle ne s'était pas davantage attardée et avait aussit?t repris le chemin du retour.
???
Lorsque la princesse rentra enfin chez elle après quelques semaines de voyage, elle découvrit ses parents, déconfits, blêmes. Ils avaient re?u la visite d'un héraut de l'Empereur.
Le message qu'il avait transmis leur avait laissé un go?t amer. L'Empereur avait reconnu officiellement avoir épousé leur seconde fille. En l'abandonnant à la naissance, ils avaient délibérément renoncé à tout droit ou autorité à son égard, et toute tentative de contact ou de requalification ultérieure serait per?ue comme une man?uvre hostile.
Un malaise s'installa dans la salle. La princesse, le regard sombre, se demanda ce que tout cela pouvait encore cacher.

