Un an exactement s'était écoulé depuis son retour au palais, et enfin le jour tant redouté arriva.
La cérémonie de mariage se tiendrait dans la salle d'audience, la plus vaste du palais. L'annonce des fian?ailles, faite trois mois auparavant, avait parcouru l'Empire tout entier?: tous étaient conviés, mais en pratique, seuls les plus riches et influents se déplaceraient, les bras chargés de présents, espérant gagner les faveurs de l'Empereur.
Une grande scène surélevée avait été dressée pour la cérémonie, et le fleuron de la Garde impériale était déployé afin de maintenir l'ordre… Bien que la présence seule de l'Empereur suffise à dissuader les plus téméraires.
???
Dès l'aube, Cerena fut réveillée par sa suivante, qui s'attela aussit?t à la préparer avec le plus grand soin?: toilette, habillage, parfum, coiffure et maquillage.
On lui avait fourni une longue robe fluide, une large ceinture serrée à la poitrine et évasée et plissée jusqu'au sol, cachant les formes de son corps. Blanche comme neige, elle était rehaussée de la couleur du ciel sur la ceinture et les broderies, tandis que le bas de la robe portait des ornements évoquant des vagues et qu'une lune d'argent et de nuages ornaient son dos. Par-dessus, une délicate veste de mousseline blanche, transparente, aux manches longues et amples se fondait avec le reste de l'habit et recouvrait jusqu'à ses mains.
Ses cheveux chatains étaient rassemblés en un chignon lache, laissant volontairement quelques mèches folles, le tout maintenu par des épingles d'or ornées d'ailes, symbole d'une liberté ancrée par l'Empereur, comme un oiseau en cage.
Des fleurs bleu ciel, assorties aux broderies, venaient compléter la coiffure et la ceinture. Enfin, son collier de fian?ailles, sobre mais significatif, achevait sa tenue.
La fierté et la joie transparaissaient sur le visage de sa suivante, qui ne s'était jamais montrée si enjouée et encourageante.
Pourtant, malgré l'aisance de sa robe, Cerena ressentait un poids incommensurable — presque suffocant — sur ses épaules. Ce jour signifiait énormément pour elle : il marquait le point final à tout espoir de liberté.
???
Le Capitaine de la Garde vint frapper à sa porte peu avant que le soleil f?t à son zénith. Sa suivante les suivit également à bonne distance. Ils rejoignirent la salle du tr?ne où la cérémonie avait déjà commencé.
Le Capitaine ouvrit la porte et l'invita à passer la première. Elle pouvait déjà apercevoir le tr?ne, sur lequel se tenait son futur mari, et l'autel installé pour l'occasion. Un bruit de tambour retentit, et la salle turbulente retrouva son calme.
La suivante s'approcha et, s'assurant une dernière fois que sa tenue et sa chevelure étaient impeccables, lui glissa un ? bonne chance ? à l'oreille, sous le regard, ferme mais compréhensif, du Capitaine.
Elle prit une grande inspiration, puis, fixant devant elle, elle passa la porte et s'avan?a sur l'estrade d'un pas lent, le son du bois résonnant dans l'immensité de la salle.
Le silence oppressant qui régnait fit monter l'angoisse en elle, son c?ur accélérant soudainement. Elle entendit le Capitaine se placer près de la porte qu'il avait refermée derrière lui, sans qu'il ne quitte la scène des yeux.
Lorsqu'elle arriva au centre de l'estrade, elle s'inclina tandis que l'Empereur se levait pour lui faire face. Il portait une longue robe traditionnelle en cache-c?ur, cintrée, de couleur bleu foncé, ornée de riches broderies d'or?: un dragon s'étirait d'une épaule à l'autre, symbole de l'Empereur, de puissance et de vie, un soleil tr?nait sur son c?ur, sa boucle de ceinture évoquait un lion, et un collier au médaillon de pierre, lui aussi sculpté d'un dragon, complétait l'ensemble.
Provenant de l'autel, une douce odeur d'encens flottait dans l'air.
Puis, Cerena se redressa et se tourna vers le reste de la salle ; son sang ne fit qu'un tour devant le spectacle qui se dessinait sous ses yeux. Des dizaines, sinon des centaines de personnes se trouvaient là, en silence, les yeux rivés sur elle. Elle apparaissait aux yeux du monde pour la première fois : les témoins n'en perdaient pas une miette. Malgré le vertige qui la mena?ait, elle n'en laissa rien para?tre. à cet instant, elle ne pouvait se le permettre.
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Une clochette tinta, signalant le début du rituel. Un officier de cérémonie, qui se tenait près de l'autel, lui fit signe de s'approcher. Il attrapa le poignard rituel qui s'y trouvait, et demanda à Cerena de tendre sa main. Il lui fit une petite entaille au bout de son index. La douleur provoquée fut brève, mais elle ne put retenir un léger tremblement de sa main.
Alors que le sang commen?ait à perler, il prit une coupe de thé posée sur l'autel, et fit couler une goutte du sang de Cerena dans le liquide qu'elle contenait.
Elle savait ce qu'elle devait faire ensuite. Elle redoutait ce moment plus que tout, mais elle n'avait pas le choix. Dans un geste lent, elle s'abaissa tout en restant bien droite, posa un genou, le second, puis les mains à terre, et alla enfin toucher le sol de son front, gardant la position jusqu'à ce qu'on l'invite à se relever.
L'officier la contourna puis tendit la coupe à l'Empereur, resté à l'arrière et observant en silence, qui en but une gorgée.
Tandis que l'officier de cérémonie retournait près de l'autel, l'Empereur posa une main délicate sur le dos de Cerena, qui se redressa doucement, les genoux comme le regard toujours posés sur le sol. Alors qu'il se pla?ait devant elle, elle tendit les mains au-dessus de sa tête pour qu'il y dépose la coupe et qu'elle puisse y boire une gorgée à son tour.
L'officier vint reprendre la coupe, et l'Empereur tendit une main vers elle. Ce geste imprévu lui fit lever les yeux vers lui d'un air interrogateur, mais au moment où elle croisa son regard, elle comprit que cela n'avait aucune importance. Elle prit sa main et se releva, le plus gracieusement possible, alors qu'il la regardait toujours avec intensité.
L'officier tendit un objet à l'Empereur, qui se tourna à nouveau vers Cerena. Dans la main, il tenait un large bracelet de jade, sculpté comme un dragon, et serti de diamants. Elle tendit à nouveau la main, qu'elle passa délicatement au travers du bracelet, et lorsqu'il atteignit son poignet, il le resserra soudainement en un clic mécanique qui la fit presque sursauter.
On avait expliqué à Cerena la cérémonie dans ses moindres détails, mais personne n'avait mentionné un tel objet.
L'accessoire, finement ouvragé et fabriqué par un ma?tre-artisan de renom, avait été con?u pour ne pas pouvoir être ?té.
L'objet n'était pas lourd, pourtant un étrange sentiment de doute l'envahit. Clignant des yeux d'incompréhension, elle jeta un ?il à l'Empereur, qui sourit doucement, puis se tourna vers l'assemblée. Faute de réponse, et pour ne pas céder à la panique montante, elle fit de même.
Un nouveau coup de tambour retentit.
Les convives, qui avaient jusque-là contemplé le spectacle dans un silence total, se mirent alors à applaudir et proférer des exclamations de joie, de félicitations et de prières de longue vie aux mariés.
Tous les gestes que Cerena avait accomplis étaient millimétrés, parfaitement orchestrés, et ne laissaient pas de place à l'improvisation. Le moindre geste de travers aurait risqué d'entacher l'honneur de l'Empereur, face à tant de témoins, qui auraient entra?né des conséquences désastreuses sur elle. Le rituel n'était qu'une démonstration de force et de contr?le. Cerena n'était plus qu'un objet ; absorbée en même temps qu'il buvait son sang — une seule goutte avait suffi. Le bracelet : une cha?ne déguisée, symbole de sa captivité.
La cérémonie était presque terminée. Elle devait tenir bon.
Et puis, elle le sentit. Une infime présence, un minuscule souvenir, qui effleura son esprit, aussi fugace qu'un battement de cil. Elle comprit aussit?t de quoi — ou de qui — il s'agissait. Elle le chercha aussit?t des yeux parmi le public, mais en vain.
Mais au loin, une silhouette, dissimulée sous une cape, se détacha du groupe, se dirigeant vers la sortie d'un pas déterminé.
Une larme, une seule, coula du coin de l'?il de Cerena. Sa respiration se fit irrégulière, et un frisson lui parcourut le corps.
Il était venu. Il ne l'avait pas oubliée.
???
Quelque part dans la salle, deux autres personnes se démarquaient légèrement, ne partageant pas l'enthousiasme général. L'une d'elle était un jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus clairs, que Cerena aurait pu reconna?tre aisément si elle l'avait aper?u. Un peu plus loin, l'autre était une jeune femme, blonde aux yeux bleus ; quelqu'un qu'elle ne connaissait pas encore.
Chacun s'était mêlé à la foule et assistait à la scène pour des raisons qui leur étaient propres.

