La journée s'écoula jusqu'au soir, sans que rien ne vienne troubler la routine du palais.
Plus tard ce jour-là, on frappa de nouveau à la porte. Elle invita le visiteur à entrer, pensant, à tort, que sa suivante était de retour.
Toutefois, il s'agissait de nul autre que l'Empereur : Cerena déglutit en le voyant passer la porte. Il la referma et se tourna d'un geste nonchalant.
— Bonsoir, dit-il. Es-tu reposée ?
Cerena resta silencieuse, méfiante. L'Empereur, resté à distance, ferma les yeux et sourit doucement.
— Tu as l'air d'être en forme. Les années passées semblent t'avoir été bénéfiques et ont encore accentué ta beauté.
Le c?ur de Cerena fit un bond. Avait-elle bien entendu ? Jamais ne lui avait-il fait le moindre compliment auparavant. Debout face à lui, elle eut un léger vertige.
— Je comprends ta peur, poursuivit-il. Je ne me suis pas montré tendre envers toi, mais je n'ai jamais agi que par nécessité.
Il sembla chercher ses mots un instant, puis dit :
— Mais ce temps est révolu. Tu n'as rien à craindre.
Il s'avan?a dans la pièce et s'installa sur la méridienne.
— On m'a raconté ce qui était arrivé, continua-t-il, et à quel point mon fils était devenu impressionnant. Je constate que tu as bien veillé sur lui… et cela me rend… reconnaissant.
— Pourquoi avoir envoyé vos hommes pour moi ? Pourquoi m'avoir ramenée ici ?
— J'ai entendu dire que tu avais éveillé des pouvoirs…, continua-t-il comme s'il ne l'avait pas entendue. Que tu étais maintenant capable de guérir.
— Je… C'est compliqué. Je ne peux pas… l'utiliser à volonté, répondit-elle, prise de court.
— Tu as pourtant été capable de le faire sur cette jeune fille que tu tenais à protéger.
Un frisson la parcourut alors qu'elle commen?ait à saisir où il voulait en venir. Cerena ne répondit pas, le fixant du regard.
— Il semble qu'Owen ne soit plus le seul pour qui tu es prête à risquer ta vie… n'est-ce pas ? Je comprends. J'espère qu'elle aura pu se remettre de sa blessure. Il serait dommage qu'une si jeune enfant souffre des choix faits par sa famille.
Il se leva et se dirigea vers la porte. Mais au moment de l'ouvrir, la voix de Cerena le retint, ferme et résolue :
— Répondez-moi. Pour quelle raison m'avoir ramenée ici ?
L'Empereur resta immobile un instant, puis se retourna légèrement.
— Parce que j'ai besoin de toi. Tant que tu seras ici, je sais qu'il reviendra.
Elle fron?a les sourcils.
— Ne suis-je donc rien de plus qu'un appat, pour vous ? N'ai-je vraiment aucune valeur propre ?
Un sourire apparut sur son visage, et il avan?a lentement jusqu'à elle, qui lutta contre l'envie de prendre ses jambes à son cou. Il posa délicatement la main sur sa joue. Elle eut la désagréable sensation que le passé était sur le point de se répéter. Tremblante, son c?ur tambourinant dans sa poitrine, sa respiration se fit plus rapide.
— Bien s?r, que tu en as. Bien plus que tout ce que j'aurais pu espérer, murmura-t-il en lui caressant la joue.
Il continua ainsi en la regardant avec intensité pendant quelques secondes, puis retira sa main. Il se retourna et se dirigea vers la porte.
— Bonne nuit, conclut-il en quittant la pièce.
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Sous le choc, Cerena resta pétrifiée un moment, avant de se jeter sur son lit. Elle ferma les yeux, tentant de mettre de l'ordre dans ses pensées… ou peut-être d'oublier ce qui venait de se passer.
Incapable de lutter contre la fatigue et le tumulte de ses émotions, elle se laissa enfin emporter par le sommeil, l'esprit encore en ébullition.
???
Les jours qui suivirent ressemblèrent au précédent. L'Empereur lui rendait visite le soir, mais gardait étrangement ses distances. Un malaise persistait dans le c?ur de Cerena, mais elle ne parvenait pas à comprendre la stratégie de l'Empereur. Pourquoi lui semblait-il si différent ? Même en sa présence, l'atmosphère ne lui paraissait plus aussi tendue que dans ses souvenirs.
Il la questionnait sur sa vie au palais, des choses, somme toute, sans importance.
— Es-tu satisfaite de ta suivante ? Fait-elle bien son travail ? demanda-t-il un jour.
— Oui, elle fait tout ce qu'il faut pour me satisfaire, dit-elle.
— As-tu tout ce dont tu as besoin ?
— Oui…, répondit Cerena, dans un soupir presque inaudible, détournant les yeux.
L'Empereur semblait l'étudier du regard.
— As-tu déjà exploré le palais ? fit-t-il soudainement.
— Je vous demande pardon ?
Cerena le fixa d'un air incrédule.
— La porte de tes appartements n'est-elle pas restée ouverte ? Il me semblait pourtant en avoir donné l'ordre.
— Vous… avez demandé à ne pas la verrouiller ?
— En effet.
— Mais pourquoi ? Suis-je… autorisée à sortir ?
— Ne te l'ai-je pas dit ? Les temps ont changé. Tu es libre d'aller et venir, tant que tu restes dans l'enceinte du palais.
Surprise, Cerena ouvrit de grands yeux. Elle réfléchit longuement avant de demander :
— Mais… ne me demanderez-vous pas quelque chose en échange ? Rien n'est gratuit… vous l'avez dit vous-même à l'époque.
La bouche de l'Empereur s'élargit en un léger sourire.
— Je l'ai dit, c'est un fait. Et je le pense toujours. Mais pour cette fois… vois cela comme un gage de reconnaissance, pour avoir pris soin de mon fils tout ce temps.
Cerena resta sans voix.
— Je suis s?r que ta suivante ou un garde se fera un honneur de te guider.
Il se leva, et s'apprêta à quitter la pièce, mais avant qu'il n'ait atteint la porte, Cerena dit :
— C'est lui qui a pris soin de moi.
Il s'arrêta et se tourna vers elle, l'observant, comme s'il attendait qu'elle poursuive.
— Je n'ai rien fait pour mériter votre gratitude, annon?a-t-elle. C'est grace à lui si je suis en vie. C'est grace à lui si nous avons pu vivre en paix. C'est à lui que je dois tout.
Elle fit une pause, et reprit.
— Ne devriez-vous pas, au contraire, me réprimander pour avoir été si faible, si dépendante d'un enfant et pour avoir mis votre héritier en danger ?
Cerena s'arrêta et déglutit, le c?ur battant la chamade, son interlocuteur la fixant toujours d'un regard indéchiffrable. Enfin, il s'avan?a vers elle.
— Est-ce là ce que tu souhaites ?
— Non, je…
— Cela soulagerait-il ta conscience, si je t'en faisais le reproche ?
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot ne sortit. Il ferma les yeux, avant de poursuivre.
— Tu n'es pas faible, quoi que tu en penses. Tu m'as donné le fils que j'espérais. Tu as survécu aux épreuves du passé, et tu te tiens malgré tout la tête haute face à moi en cet instant. Tu t'es sacrifiée pour le bien de tes enfants. Ta valeur n'est pas dans ta force. Ta force réside dans ton esprit.
L'Empereur détourna le regard et marcha à nouveau vers la porte.
— Tu n'as aucune honte à éprouver. Ta place à mes c?tés t'est désormais pleinement acquise.
Il quitta la pièce, laissant Cerena bouche bée.

